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Louis Aragon
Neuilly sur Seine, 1897 - Paris, 1982


La Diane française Quelques extraits


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La Diane française
Quelques extraits


La Rose et le Réséda

À Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves
comme à Guy Moquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda
(Voir aussi "La Rose et le Réséda" )

Chanson de l'Université de Strasbourg

Cathédrale couleur du jour
Prisonnière des Allemands
Tu comptes inlassablement
Les saisons les mois les moments
Ô cathédrale de Strasbourg

Ils étaient partis emportant
Ce que contient une besace
Le souvenir de tes rosaces
Et de cigognes sur l'Alsace
Cela fait un bon bout de temps

Enseigner c'est dire espérance
Étudier fidélité
Ils avaient dans l'adversité
Rouvert leur Université
À Clermont en plein coeur de France

Maîtres du haut savoir ancien
Jeunes gens aux regards de juges
Vous préparez dans ce refuge
Les lendemains du grand déluge
Quand Strasbourg reverra les siens

Science longue patience
Mais d'où vient qu'ici tout s'est tu
Les Nazis sont entrés et tuent
La force est leur seule vertu
La mort est leur seule science

Ils dispersent d'un poing de fer
Jusqu'aux cendres de nos foyers
Ils tirent au hasard Voyez
Ce corps sur la chaire ployé
Que faire mes amis que faire

Le massacre des Innocents
Sachez qu'Hérode s'il l'ordonne
C'est peur d'un enfant de madone
Parmi vous qui naît et s'étonne
De la belle couleur du sang

Les fils de Strasbourg qui tombèrent
N'auront pas vainement péri
Si leur sang rouge refleurit
Sur le chemin de la patrie
Et s'y dresse un nouveau Kléber

Des Klébers par le temps présent
Il en est cent il en est mille
Des militaires des civils
Dans nos montagnes et nos villes
Des Francs-Tireurs et Partisans

À Strasbourg nous irons ensemble
Ainsi qu'il y a vingt-cinq ans
La victoire est dans notre camp
À Strasbourg dites-vous mais quand
Regardez les Prussiens qui tremblent

À Strasbourg à Prague à Oslo
Trois universités martyres
Regardez-les tandis qu'ils tirent
Sachant déjà qu'ils vont partir
Et que la défaite est leur lot

Regardez-les comme ils faiblissent
Conscients de leur destinée
Les bourreaux sont les condamnés
Nous les chasserons cette année
Malgré leurs chars et leurs complices

Aux armes héros désarmés
Pour Strasbourg la France et le monde
Entendez cette voix profonde
Qui gronde qui gronde qui gronde
Meurent les assassins gammés

Cathédrale couleur du jour
Prisonnière des Allemands
Tu comptes inlassablement
Les saisons les mois les moments
Ô cathédrale de Strasbourg

"Il n'y a pas d'amour heureux"
"Elsa au miroir"

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